inside the mole

18 novembre 2009

où qu'on commence

J'ai fortement besoin d'un crachoir. Quand je raconte ce qui se trame dans ma cervelle, mes interlocuteurs me donnent systématiquement la même réponse "t'es pas bien toi". T'es folle. T'est tarée. Oulaaa tu réfléchis trop. Ma pauv' t'es un peu cinglée hein. Evidemment que je le suis. Mais ne le suis je pas tout autant que celle qui a avorté 3 fois et est incapable de bosser, que celui qui pense que dieu lui parle, que celui qui oublie tout le monde tellement il picole, que celui qui ne répond pas quand on lui parle parce qu'il juge que c'est une perte de temps, que celui, que celle... La différence c'est que moi je reconnais avoir des problèmes. Je mets des noms dessus. Je les épingle. Je suis consciente. Folle? Qui?
C'est ce qu'on apprécie chez moi. Je dis les choses, je nomme les folies, je les aime, je les caline. C'est pour ça qu'on ose tout me raconter. Parce que je ne juge jamais. J'écoute, je comprends, je compassionne, j'empathise. Mais quand c'est mon tour d'avouer, je suis folle.
Alors évidemment, ça ne tourne pas rond dans ma caboche, je suis une grande mourante imaginaire, je vis des aventures qui n'arriveront jamais, j'ai de la musique plein la tête, j'ai besoin qu'on m'aime et qu'on me le dise chaque jour sinon j'oublie, j'ai peur de moi de toi de vous, j'ai peur tout le temps, je ne suis jamais là. Depuis quelques temps je suis tellement mal que je ne peux plus voir personne. J'ai le sentiment que cela me fatigue. J'écoute les histoires, j'essaye de répondre, j'essaye de raconter des choses que j'ai entendues, on me parle d'eux, je parle de moi et on essaye de me donner une solution, ça m'épuise. Il n'y a pas de solution à part arrêter de parler de ce que je pense, de toutes façons parler j'aime pas ça. J'ai jamais été douée dans ce domaine. Et quand j'essaye c'est pire, ce qui sort de ma bouche n'est jamais conforme à l'idée que j'en avais. Et puis quelles idées? Je suis vide. Se limiter à la surface, j'ai bien mangé, j'ai bien dormi, t'as vu ce film? Plus de blagues décalées, plus de plans sur la comète, plus d'amitiés fusionnelles qui se terminent violemment, violemment pour moi évidemment.
J'ai décidé ce matin de vivre là. Là maintenant. Pas sur quelque planète imaginaire où j'ai un cancer de la tête, où je peux mettre des jupes avec des bottes sans qu'on remarque mes énormes mollets, sans que le chevalier blanc vienne me choper à la sortie du métro et qu'on ne se lasse plus jamais.
Je suis là. A Paris. Au bureau. Je suis seule. J'ai des choses à régler avec moi même. Trouver qui je suis. L'accepter. Me donner les moyens de réaliser ce que je crois être nécessaire. Oublier les autres. Tous. Faire le vide autour de moi pour un jour le combler avec les bons ingrédients.
Je suis là. A Paris. Au bureau. Et tout ce qui doit importer c'est ma digestion, ma playlist de l'aprem, le repas du soir, l'apéro hypothétique, le match de foot.
Rien à foutre des histoires d'amour d'un type à 500 bornes. Rien à foutre des autres pays non plus. Rien à foutre de celle là qui est mieux habillée. Rien à foutre de l'engueulade du matin. Rien à foutre des tonnes de remords qui me mordent la gorge.
Rien à foutre du passé. Instant T, Paris, bureau. Arrêter de rafraichir 1000 fois ma page de mails. Comprendre que ce n'est pas grave s'il n'y en a pas, ne pas espérer qu'il y en ait. Ne plus fusionner. Apprendre l'égo. L'égoisme. L'EGO.
Se débarrasser de l'angoisse. Tout le monde a mis ce mot sur mon mal. Angoisse, anxiété. Evidence. Je suis sois dans le passé, soit dans le futur, soit dans l'imaginaire. Et tous ces espaces temps sont angoissants. Alors que l'instant T, celui où je me trouve, assise face à un pc dans une pièce où il fait chaud, seule au calme (à part cette musique sensée être planante qui finalement est trop expérimentale pour ne pas être anxiogène, allez on coupe), je n'ai mal nulle part, je n'attends rien.
Et bah voilà! C'est pas angoissant ça.

Posté par -jane à 14:04 - Commentaires [0]